IA : avoir l’intelligence de penser AVANT

L’intelligence artificielle est un peu comme l’univers lui-même : c’est aussi fascinant qu’inquiétant, dans la mesure où on connait mal le sujet et encore moins ses limites.

L’IA (pour faire court) est historiquement une suite logique de l’évolution humaine. Pensez à la révolution industrielle, par exemple, qui a conduit l’humanité à changer ses pratiques, son rythme, sa vie. Le travail physique éreintant laissait la place à un tracteur, une machine, un outil mécanique puissant, rendant désormais inutile la présence de nombreux ouvriers. Quelques machines, quelques opérateurs et, hop, le travail se réalisait avec encore plus d’efficacité qu’avant.

Plus vite, plus productif, moins cher : le fantasme ultime de l’économie de marché!

Alors?

On en veut plus, bien sûr.

Les robots font leur apparition pour remplacer l’ouvrier aux gestes répétitifs dans la chaine de montage. Les robots sont moins coûteux, plus précis, plus performants. C’est la joie. En plus, ils n’ont pas de syndicat, ils ne se plaignent jamais et ils n’ont pas besoin de pause pipi.

La suite logique de cette progression technologique nous conduit à des systèmes, des programmes, qui peuvent effectuer des tâches qui nécessitaient jusqu’alors le concours du jugement humain, l’intelligence humaine : la capacité d’analyse, de compréhension, de comparaison, d’évaluation d’impacts, de tirer des conclusions de situations complexes. Les algorithmes et la puissance inimaginable de l’informatique permettent cela, à présent.

Jusqu’à aujourd’hui, l’humain s’en sortait plutôt bien. La machine n’était pas menaçante.

De nos jours, si les mots « téléphones intelligents » sonnent de moins en moins étrangement à nos oreilles, c’est surtout le réel potentiel de l’intelligence artificielle qui résonne de plus en plus fortement. La machine prendra-t-elle notre place? La technologie se substituera-t-elle aux conducteurs, aux juges, aux médecins? Pourquoi pas? Le défi excite le marché.

Mais, la quatrième révolution industrielle conduite par l’IA force l’humanité à se poser des questions profondes et sincères, à parler d’éthique, de droits, d’avenir du genre humain.

Un robot qui conduit et provoque un accident doit-il avoir une assurance? Faut-il le payer pour qu’il puisse s’offrir cette assurance? Est-il responsable? Si oui, faut-il lui accorder des droits? Jusqu’à quel point?

La réflexion prend de l’ampleur au fur et à mesure que l’on y réfléchit. Ce n’est pas banal et ça ne se règle pas sur un coin de table. Certains pays se sont déjà beaucoup avancés, comme l’Estonie, qui souhaite accorder un statut légal à l’intelligence artificielle.

Pas certain que les gestes précipités soient les plus appropriés face à un phénomène dont on peine à tracer les contours…

L’idée de développer la machine à ce point est, en grande partie, motivée par la productivité. Est-ce un motif raisonnable? Si l’on se fie aux méfaits du productivisme aveugle, il faut conclure que non. Au contraire. Produire pour produire, afin de dépasser les chiffres de croissance qui emballent le marché comporte de trop grands risques pour l’humanité, pour la planète elle-même. On l’a souvent dit : la Terre n’a pas la capacité physique de suivre notre délire collectif. Mais, l’attrait financier est indéniable : on parle de milliers de milliards (oui, oui!) en potentiel économique, ce qui fait dire au patron de Google que l’intelligence artificielle fera plus pour l’humanité que le feu ou l’électricité.

Oui, bon. Du calme.

Produire mieux? Alors, oui. Sans doute. Produire mieux, pour amenuiser les problèmes, pour augmenter la qualité de vie de l’humain? Oui, très bien. La question du transport ressort largement à ce chapitre, puisqu’on y voit une possibilité bien concrète de diminuer les accidents, adapter les choix en fonction des besoins réels et ainsi diminuer le gaspillage, les coûts, même la pollution. L’optimisme est sans doute bienvenu, tout comme dans le domaine de la santé, si la technologie permet des gains d’efficacité au chapitre de la lutte contre les maladies, comment s’y opposer?

Mais, l’envie de produire mieux devrait inclure la réflexion sur les inégalités, le partage de la richesse, la misère humaine qui persiste, autrement il y aura une infime partie de l’humanité qui disposera d’une technologie à la fine pointe pendant que des millions de gens continueront de vivre (et de mourir) dans des conditions pitoyables.

Au-delà de la réflexion productiviste, il y a, encore plus fondamentalement, la réflexion éthique. À cet égard, plusieurs ont de pertinentes réflexions et appréhensions.

À partir du moment où les données (les mégadonnées), les masses d’informations, y compris personnelles, constituent la matière première essentielle à la réalisation de cet étourdissant potentiel, il vaut la peine de s’interroger sur le stockage, l’utilisation, les transactions, les droits sur ces précieuses données. Pour donner une idée de l’ampleur du stock, la masse des données entreposées se calcule maintenant en zettaoctets (ou zettabytes) soit 1021. Pour plusieurs, dont l’influent The Economist, les données sont dorénavant la principale ressource stratégique. C’est le pétrole 4.0, en somme.

Il est alors incontournable d’accorder au droit à la vie privée et à la protection des renseignements personnels la place qu’ils méritent au cœur de l’immense réflexion qui s’est enclenchée. À ce chapitre, il appert que Montréal joue un rôle considérable. Tant mieux. Aussi, il faut impérativement aborder l’imposant problème des monopoles qui existent dans l’univers virtuel des mégadonnées. Les Google, Facebook et Amazon de ce monde disposent d’un pouvoir immense qui, déjà, donne un aperçu de l’iceberg que l’on frappera si l’on n’agit pas pour réduire leur trop grande emprise. Compte tenu des récents événements, il est difficile de faire semblant qu’on ne voit rien venir.

Mais, la réflexion sur les impacts doit aller encore plus loin et certains l’ont fait. Si la machine a conduit l’humain à ne plus avoir recours à des efforts physiques considérables pour le pousser ensuite à retrouver sa forme dans un gym climatisé, peut-il en être de même pour l’esprit humain? En effet. Avoir à relever des défis intellectuels, occuper un emploi exigeant sur le plan mental a d’indéniables avantages pour la santé mentale et physique, pour l’humeur et l’équilibre psychologique, pour la qualité de vie. Si la machine rend le défi intellectuel moins soutenu, est-ce la stupidité de masse qui nous guette?

Après un bedon flasque, « un esprit flasque », écrivait l’historien Harold James ?

Possible.

Ici, au lieu de baser la thèse de l’imbécilité de masse sur la reproduction des idiots comme le fait le film Idiocracy, il faudrait baser l’imbécilité de masse sur la diminution graduelle de l’utilisation de nos facultés mentales. Dans un cas comme dans l’autre, la conclusion du scénario est une catastrophe pure et simple.

Si l’humain repousse ses limites technologiques pour le conduire à la fin de ce qui fait de lui un humain, on aura été bien naïfs et bien idiots de ne pas avoir pris la peine de réfléchir AVANT que ça n’arrive.

Alors, il est encore temps d’y penser. Maintenant. Pas demain.

Demain, il pourrait être trop tard…

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