Désobéir et grandir : vers une société de décroissance

Paul Ariès est volubile. Il a le verbe facile, mais c’est une illustration parfaite de sa vitalité intellectuelle. Il lutte depuis des années, avec acharnement, pour encourager ses semblables à consommer moins, à penser et agir différemment, à voir le monde autrement que comme un gigantesque centre commercial.

L’auteur rappelle que la planète n’est pas en mesure de combler les délires de l’humanité. On se réveille ou on meurt, parce que le rythme de croissance, de surconsommation, de gaspillage et de pollution ne pourra pas être maintenu, indéfiniment. L’effondrement écologique est possible, fort probable, et il entrainera l’économie globale et l’humanité qui y est accrochée.

C’est là qu’intervient la décroissance, non pas pour faire une analyse économique rigoureuse, incluant un plan précis et des moyens concrets. Il n’offre pas de modèle économique ou de théorie. Ariès ne joue pas à l’économiste. C’est un objecteur de croissance, son message se résume essentiellement à l’opposition à la croissance débridée, irresponsable. Il faut pour cela changer de culture, de façon de faire, enterrer l’obsession du pouvoir d’achat.

En ce sens, Ariès ne veut peut-être pas tellement la décroissance que la « délibéralisation » de l’économie, sortir les sociétés de la vision libérale (et néolibérale) qui prône le libre marché qui s’occupe de tout, pendant que l’État prend son trou, en attendant le prochain sauvetage. C’est un antilibéral, en somme, un anti-néolibéral, pour qui la justice sociale et l’environnement vont de pair.

C’est pourquoi il souhaite nous voir revenir à cette humanité qui nous a quittés avec le consumérisme. Dans la société du pouvoir d’achat, on évacue la maladie, la mort, le mot vieux devient une insulte. L’humanité s’évapore, pour concentrer toute l’attention sur l’achat, l’acquisition de choses qui, en bout de piste, nous déshumanisent.

D’ailleurs, Paul Ariès ne concentre pas ses tirs que sur la droite. Il insiste : ce culte de la croissance est partagé à droite, comme à gauche, qui est habitée de la même folie industrialiste et productiviste.

Courir, sans cesse, pour avoir plus de pouvoir d’achat n’a pas de sens. Aussi, la désobéissance devient une vertu dans la bouche de l’auteur, elle devient nécessaire, comme une injonction à la croissance économique. Plus n’égale pas mieux. Il faut, par conséquent, refuser d’être des forçats du travail et de la consommation. Il faut réinventer, dit-il, de nouveaux chemins d’émancipation.

Justement, Ariès organise chaque année en France le Forum national sur la désobéissance qui regroupe ceux qui refusent d’être victimes de l’agressivité publicitaire, de la consommation infinie, qui refusent de voir la Terre comme un panier pour les courses.

Bien sûr, se tenir debout, c’est plus difficile que de rester écrasé dans son fauteuil. Mais, on voit beaucoup plus loin à l’horizon…

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