Le 1 % le plus riche : l’exception québécoise

Le Québec est une société distincte. Oui. Au minimum. Et voilà qu’une autre démonstration éloquente provient de la sphère économique, plus précisément, au sujet des inégalités.

Les inégalités sont inéluctables, croirait-on. Le rouleau compresseur est trop gros et trop fort pour l’arrêter. Certains, au lieu de chercher à le ralentir, lui poussent dans le dos, pour qu’il accélère sa cadence destructrice. Au Québec, c’est le contraire. On s’est doté d’un modèle, le fameux modèle québécois, pour ralentir la marche. Et ça fonctionne !

Le chercheur Nicolas Zorn, analyste de politiques à l’Institut du Nouveau monde, a réalisé le portait sur l’évolution du 1 % le plus riche au Québec, de 1973 à 2008. Sa conclusion ? Si les inégalités de revenus sont effectivement en hausse dans la plupart des pays de l’OCDE depuis les années 80, l’analyse comparative du chercheur lui a permis de conclure que la progression du 1 % au Québec se distingue de celle que l’on retrouve dans le monde anglo-saxon pour ressembler davantage à ce qui s’est produit en Europe et au Japon. Un travail sérieux et méticuleux qui a valu à son auteur le prix du Meilleur mémoire 2014 de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) et qui est aujourd’hui un livre, Le 1 % le plus riche : l’exception québécoise, publié aux Presses de l’Université de Montréal.

Une affaire de rien. Bon, ce n’est pas un animateur de radio-poubelle, mais c’est tout de même du solide.

Ainsi, c’est donc au Québec que les écarts de richesse sont les moins vertigineux. Comparé aux États-Unis, au Canada ou même aux provinces canadiennes, le Québec fait bande à part.

Pourquoi ? Parce que le modèle québécois et ses institutions, son encadrement plus serré du travail, son taux de syndicalisation plus élevé, ses mesures fiscales, l’impôt des plus riches et bien d’autres mesures distingue le Québec des sociétés anglo-saxonnes. Ça n’élimine pas les inégalités, mais ça atténue les écarts de revenus, ce qui est déjà pas mal et rappelle l’objectif fondamental d’Anthony Atkinson imprimé au cœur de son livre-testament Inégalités. Au final, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours (mettons), une société distincte plus égalitaire que ses voisines, pour le dire pompeusement.

La financiarisation est également moins folle ici qu’ailleurs. Pas inexistante, bien sûr, mais juste… moins folle. C’est donc dire qu’il y a moins de cet argent, chez nous, qui disparaît dans la sphère virtuelle d’une économie qui ne produit rien, qui ne sert à rien, sauf à enrichir les riches et appauvrir les sociétés.

Tant mieux.

Un choix idéologique

Ce n’est pas que le Québec soit moins bon, ou moins performant. C’est qu’il plus équitable, tout simplement. Ceux qui voudront vous voir maudire le modèle plus égalitariste de chez nous vous feront croire que plus les riches sont riches, et plus la société prospère. Il y a, disent ces mythomanes irresponsables, une sorte de cascade d’amour, un débordement de richesse qui tendrait à couler vers les couches inférieures, si tant est que l’on laisse le sommet s’engraisser sans limites.

Or, dans les faits… oui, les faits. Vous connaissez ? Un truc étrange qui n’a plus aucune importance, les faits. Un peu comme la science, les études, les experts, la connaissance… des balivernes de gauchistes dépassés.

Bref, dans les faits… c’est faux. Archifaux. Un mensonge. Un canular. Une duperie.

Ce que les faits indiquent, explique Nicolas Zorn, c’est que plus les riches sont riches et plus la croissance économique est faible. Point.

Vous pourriez dire : ah, mais, Zorn, c’est un communiste, un gau-gauchiste qui veut endoctriner nos jeunes dans nos écoles, comme disait Gratton.

Y a pas que Zorn qui l’avance, mais même le très-pas-à-gauche Fonds monétaire international, le FMI, qui encourage les partenaires économiques à œuvrer pour réduire les inégalités, de manière à relancer la croissance et assurer la prospérité.

Ce n’est pas rien.

Donc, ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher les idéologues manipulateurs. Il faut plutôt regarder celui qui braque le projecteur ailleurs. Celui qui prétend que ces choix économiques des dernières décennies, dont la financiarisation débridée de l’économie et les baisses d’impôts pour favoriser la compétitivité, étaient un choix froid, lucide, une loi sacrée, une réalité contre laquelle il était inutile de rouspéter. Toute résistance serait futile, dit-on dans Star Trek, après tout.

Bin, c’est faux. Comme le reste.

Ça relève de choix politiques et non économiques, nous dit Zorn. On le pensait, on s’en doutait. Mais démontré… c’est encore plus troublant.

C’est donc les moins nantis et la classe moyenne dont il faut se soucier pour stimuler la croissance. C’est que, nous dit-il, ceux-ci ont tendance à dépenser leur argent dans l’économie réelle. Ils ne s’offrent pas un voyage de plus aux Fidji, par exemple.

Ils rénovent leur maison, changent la voiture, vont au restaurant du coin, etc. Du concret qui stimule la croissance, finalement.

Il paraît que de plus en plus, partout dans le monde, on prend conscience de ce fait : les inégalités nuisent à l’économie. Sur la planète, plusieurs se réveillent. C’est bien. Puis, au même moment, on élit le sein patron du capitalisme sauvage aux États-Unis.

Comme quoi, quand l’humanité fait quelques pas, elle prend soin, par la suite, de faire un grand bond en arrière, juste au moment où ça commençait à changer pour le mieux…

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