Les caleçons rouges, ou les limites du superhéros

Y a-t-il autre chose que des films de superhéros à se mettre sous la dent, côté cinéma? Il en sort un chaque jour ou presque. On dirait que tous les grands noms du cinéma se disent qu’ils doivent jouer une ou plusieurs fois dans des films de superhéros, sans quoi… c’est la mort, la fin de leur carrière.

C’est tout comme.

Est-ce que Benedict Cumberbatch avait besoin d’enfiler la cape du Doctor Strange ? Pas vraiment. Côté héros, Sherlock fait fort bien le boulot. Cate Blanchett se battra contre Thor… comme si Galadriel (Seigneur des Anneaux) ne suffisait pas à son tableau.

Pour l’artiste qui veut empiler les millions, c’est facile de comprendre pourquoi la tentation est grande. Pour la société ? On peut s’amuser à réfléchir au sens de tout ça.

Que faut-il en comprendre? Qu’on a besoin de héros? Possible, oui. Comme antidote à l’état actuel des choses ? Comme un bonbon psychologique, comme un pansement sur un esprit collectif mal en point ? Oui, c’est possible.

Est-ce à dire qu’on n’a pas de héros ? Il faut, par conséquent, que le cinéma se charge de combler ce besoin émotif ?

Et qui sont nos héros, dans la « vraie vie » ?  Pas facile d’en dénicher, du moins en politique.

On peut aisément opter pour des sportifs de haut niveau, des artistes internationaux qui se démarquent, des défenseurs tenaces de telle ou telle cause… mais rien qui rivalise à première vue, avec un gars en caleçon rouge qui vole dans le ciel, n’est-ce pas?

Est-ce que, néanmoins, ceci pourrait expliquer cela ? Quand on y pense, politiquement, on est un peu aussi à la recherche de ces superhéros, non ? Un libérateur de peuple, celui qui vaincra à mains nues les requins de Wall Street, qui fera trembler de peur Poutine ou qui empêchera la Corée du Nord de servir de terrain de jeu à un enfant rondouillet et fou. On le cherche, semble-t-il. Il ou elle doit avoir ce profil du superhéros impétueux et invincible.

Mais, on les cherche toujours.

La gauche vous sortira les noms de Bernie Sanders ou Jean-Luc Mélenchon, la droite elle … Donald Trump ? Euh…

Et puis quoi ?

N’est-ce pas un peu cette envie du superhéros hors norme qui a permis, justement, à Trump de ravir la Maison-Blanche?

Car il s’est toujours présenté comme un surhomme : il en sait plus que tous ses généraux à propos de l’État islamique, il en sait plus sur l’économie que tous les économistes, c’est le meilleur négociateur du monde, il n’y a personne de moins raciste que lui, il construira un mur en 3 jours entre son pays et le Mexique, il est capable de renverser les marées…

Certains y ont cru.

En temps normal, un clown aussi grotesque aurait dû être écarté dès le premier jour. Mais non. On a, apparemment, besoin de superhéros capable de dompter Wall Street, de résister au pouvoir obscur de Washington, de tenir tête aux lobbys environnementalistes, de pulvériser les terroristes, de mettre à genoux la Chine et de rapatrier les emplois. Tous les emplois.

Les gens ont voulu croire au héros.

Alors, ça ne fait pas 100 jours que le superhéros aux petites mains occupe le bureau ovale de la Maison-Blanche et, déjà, on déchante.

On constate qu’il n’a rien, rien d’un superhéros. Ni de surhumain. En fait, il est surtout beaucoup plus stupide que la moyenne. C’est surtout un Super Menteur.

Alors, la déception est vivement ressentie aux USA.

Que fait alors le super zéro à la peau de mandarine ? Il attaque la Syrie. Pour faire diversion, pour donner de l’héroïsme à sa présidence catastrophiquement non extraordinaire.

La kryptonite de Trump, c’est la réalité. La vraie vie lui scie les deux jambes. Il est impuissant devant tant de défis bien concrets, bien réels.

Peut-être, finalement, devrait-on se calmer et cesser de chercher des héros. D’abord, parce que ça hausse indument les attentes et ça creuse énormément les déceptions.

Voilà qui aurait sans doute pour effet de donner le goût aux gens dotés de talent et de bon sens de choisir le service public. Ainsi, ce sont les sociétés entières qui pourraient profiter de ces non-héros ordinaires aux idées bien en place.

Disons-le, les gars en caleçon rouge qui volent dans le ciel, c’est bien. Mais jusqu’à l’âge de 6 ou 7 ans. Après, ça fait peut-être plus de tort qu’autre chose.

We dont need another hero, dit la chanson…

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