Anatomie d’un désastre

L’homme apprend-il de ses erreurs? Pas toujours. L’homme de la Finance? Encore moins.

On pourrait croire qu’après le désastre vécu en 1929, le gouvernement américain et les banques auraient compris pour de bon : c’est terminé la spéculation débridée, le délire capitaliste.

Hé bien, non.

Franklin Delino Roosevelt (FDR pour faire cool) avait, lui, compris les risques et avait donné les moyens à son pays, en partant des traces laissées par Herbert Hoover*, de contrôler les excessifs de la spéculation.

Mais…

Mais, ce ne fut que pour un temps. Tôt ou tard, le naturel cupide et maladif du capitalisme boursier revint au galop. Et ce qui fascine (ou dérange) peut-être le plus, c’est qu’on finit par oublier ce qui a causé les catastrophes du passé, se bornant à expliquer la vie à travers son prisme idéologique.

Si on peut résumer en quelques mots le livre de Serge Truffaut, Anatomie d’un désastre, qui tente d’expliquer la crise de 2008 en lui donnant de la perspective, ce seraient ceux-ci : on avait été averti que la catastrophe s’en venait si on ne changeait rien. Mais, par idéologie, on n’a pas voulu entendre raison.

Quelle idéologie? Celle, malade, qui dit que l’État, c’est mal. L’État, c’est Satan. Le Paradis, c’est le libre marché, le laisser-faire. Le paradis, c’est l’argent. Beaucoup d’argent.

Ainsi, dès que l’État cherche à protéger son économie (et donc les centaines de millions de citoyens de son pays), on considère qu’il met plutôt son nez là où il n’a pas d’affaire. Il commet un péché : c’est mal.

Ronald Reagan était un fanatique de la religion néolibérale libertarienne. Un vrai. Le 40e président était incapable de voir les bienfaits des mesures gouvernementales. Pour lui, chaque geste de l’État posé était un pas nous rapprochant du communisme, LE mal incarné, l’enfer sur Terre.

Voilà pourquoi on fait plutôt en sorte que l’État soit tout petit, chargé de la Défense et des relations internationales, mais agissant localement surtout pour voter des lois qui foutent la paix aux spéculateurs, aux banquiers, aux gamblers de la Finance.

C’est d’ailleurs le Watergate qui a, en quelque sorte, sonné le réveil : si deux journalistes ont pu obtenir, si on peut dire, la destitution de Richard Nixon, il faut désormais engager la guerre des idées. Dès lors, on prend le virage médiatique pour favoriser de plus en plus les courts reportages, le divertissement, la futilité… le cocktail parfait pour créer un public mal informé, mal avisé et déconnecté des enjeux, ignorant des coups qui se font, dans l’ombre. C’est d’ailleurs en 1974 que les frères Koch ont fondé le Cato Institute, un think tank libertarien à l’excès. Rappelons, pour réaliser la chose, que le Cato décerne aux deux ans un prix appelé… Milton Friedman.

Ici, un trophée vaut mille mots.

Il est donc vital de laisser les spéculateurs spéculer, laisser les créateurs de véhicules financiers toxiques créer, quitte à aller jusqu’à vendre des swaps déclinés par les vendeurs de Goldman Sachs à des religieuses chargées de l’administration de couvents. Est-ce qu’on passe directement en Enfer pour un tel péché?

Probablement. « Verser du gaz dans l’eau bénite », illustre Truffaut.

Alors, s’installe, volontairement du reste, un capitalisme stalinien, bien loin de l’idéal naïf de l’économie de marché où les entreprises se multiplient sans fin au sein d’une concurrence parfaite. C’est tout le contraire : les entreprises disparaissent, avalées par les plus grosses qui le deviennent encore davantage. Tout ça pour plus de revenus, plus de richesse, plus d’argent.

Toujours la même histoire. Comme un poisson au milieu de l’océan qui souhaiterait une grosse pluie.

Finalement, au bout du compte, on n’aura rien retenu des leçons du passé, car Reagan aura dérèglementé comme jamais, jusqu’à ce que Bill Clinton abroge le Glass-Steagall Act en 1999, rempart essentiel entre les avoirs des épargnants et l’appétit des spéculateurs… nous conduisant le pied au plancher dans la crise de 2008.

On nous avait pourtant avertis… plusieurs fois.

Barack Obama a bien fait adopter la loi Dodd-Frank en 2010, pour réparer les pots cassés réglementaires mis en lumière par la crise… mais depuis, les Américains ont porté au pouvoir un idiot incompétent qui a promis d’éliminer toute trace de contrôle dans le milieu financier.

Comme quoi…

« Le seul problème du capitalisme, ce sont les capitalistes. Ils sont trop rapaces. »

Herbert Hoover avait 700 milliards de fois trop raison.

 

* Raymond Moley, un des principaux ingénieurs du New Deal, confia en 1975, peu avant sa mort, que « Hoover fut à l’origine du New Deal ». Truffaut cite en exemple notamment la création de la Reconstruction Finance Corporation (RFC), le 22 janvier 1932, qui laissa une empreinte durable et pourtant méconnue sur la charpente du New Deal. (p.102)

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