Les grands auteurs de la pensée économique

Comment expliquer que nous puissions en être aujourd’hui réduits à avaler une simple, simpliste, version de l’économie? J’exagère à peine. Songez un instant. Ce qu’on nous dit de l’économie aujourd’hui est plutôt simple à comprendre: l’austérité, c’est bien, l’État c’est mauvais, laissons les entreprises faire à leur guise et les riches s’enrichir, ne te mêle pas de ça, on sait ce qui est bon pour toi.

Voilà.

Si vous osez sortir de ce dogme, c’est que vous ne savez pas de quoi vous parlez. C’est que vous ignorez ce qu’est l’économie. C’est une science, exacte, pure, qui calcule froidement que de mettre à la rue un ouvrier père de famille est une grande chose, bonne pour tous.

Oui, bien sûr, la science économique, elle, est complexe. Très complexe. Même pas la peine de vous y intéresser, c’est pas pour vous.

Bon. Ça, ce sont les conneries habituelles. Alors, quand on se sert de cet appendice curieux appelé cerveau, on se met alors le nez dans des livres et on constate, ô surprise!, qu’il n’en est rien.

La science économique est complexe, dans une certaine mesure, mais il est surtout fascinant de constater à quel point la pensée économique en son entier a évolué, changé, s’est nourrie de différents courants, des événements et des défis que chacune des époques a apportés.

Le livre de Gilles Dostaler, Les grands auteurs de la pensée économique, est une occasion de le réaliser comme jamais. La pensée économique est riche, très riche, de l’apport de nombreux personnages précurseurs, visionnaires, préoccupés par leur société et les problèmes de leur époque.

Dostaler ne consacre que quelques pages pour chacun des 80 auteurs dont il traite dans sa petite brique. On ne survole pas tellement chacun de ceux-ci que l’on vous donne le goût de lire davantage sur celui-ci, ou celui-là (les celles-ci sont, malheureusement, plutôt rares). C’est un énorme trousseau de clés que nous file Dostaler pour ouvrir une tonne de nouvelles portes. La suite appartient au lecteur.

Et lorsqu’on referme le bouquin, après ce nourrissant tour d’horizon, des constats s’imposent comme jamais: la philosophie et l’économie sont frère et soeur, sinon amants, la pensée économique est riche… et plusieurs des concepts sont toujours d’actualité. Cruellement d’actualité.

On réalise, au fond, que bien des choses n’évoluent pas tant que ça. Il y a des écoles de pensée, Keynes contre Hayek, ceux qui croient que l’État est un garde-fou, les autres qui le perçoivent comme une nuisance, ceux qui s’appuient sur l’offre, d’autres sur la demande…

Et, au bout du compte, on voit encore plus clairement à quel point le politicien, lui, magasine au travers de tout ça. À quel point celui-ci prendra dans le discours de celui-là ce qui fait son affaire. Et on réalise encore plus fortement à quel point on a perdu de vue les oeuvres dans leur ensemble qui sont, la plupart du temps, faites de nuances, de doutes, de complexité.

Mais, le politicien ne s’embarrasse pas de complexité. Encore moins de nuances. Parlez-en à Trump.

Peut-être qu’il devient alors futile de s’enfermer dans un livre qui confirme l’impression de ceux qui estiment que la pensée économique est plus complexe, plus riche et plus intéressante que la vision réductrice et manipulatrice que l’on nous présente, jour après jour.

Futile? Il semble inutile de tenter de renverser la tendance?

Mais, c’est encore plus beau lorsque c’est inutile, disait Cyrano…

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