11 brefs essais contre l’austérité

C’est amusant (ironie) de constater que la vie est, de fait, un éternel recommencement. On dit à notre enfant « ne grimpe pas sur cette chaise, tu pourrais… » et le voilà au sol à pleurer suite à sa vilaine chute. Pour les historiens, dont le métier les incite à donner de la perspective aux évènement, l’humanité tend à répéter inlassablement les mêmes erreurs (ou conneries).

Il en va de même pour l’économie.

Mais, il est fascinant (ironie) de voir que ceux qui peuvent invariablement et éternellement répéter les mêmes erreurs tout en disant, chaque fois, qu’ils viennent de réinventer la roue et portent un discours résolument moderne, ce sont les zélotes du néolibéralisme.

On l’appelle néolibéralisme, mais on pourrait parler de ceux qui, pour résumer, persistent à dire que le problème de l’univers, c’est la part que joue l’État dans nos sociétés. C’est un poids immense, coûteux, une contribution qui ne donne pas les résultats escomptés. En gros: l’État est bon à rien.

Le corollaire obligé, c’est le fait que c’est au privé que le paradis se trouve. Et pour pouvoir confier au privé tout ce que nous avons de plus cher, il faut lentement, mais sûrement, démonter l’architecture économique, politique et sociale héritée de la Révolution tranquille.

Alors, inévitablement, ça passe par les dépenses de l’État. Obligé. Ce sont les dépenses, le problème. Il faut les réduire, sinon c’est la mort, la fin, nous sommes au bord du gouffre, du précipice, au pied du mur, au bord du mur du précipice du gouffre.

Ça va mal.

Cette idée qu’on a semé il y a quatre décennies, on l’a arrosé patiemment et engraissée avec un ingrédient magique: l’austérité.

Et ce qu’il y a de fascinant (ironie, suite de ce qui est avancé, plus tôt) c’est que l’austérité renait perpétuellement de sa belle mort, revient sans cesse au menu politique, bien qu’on ait démontré, fois mille, sa complète incapacité à relancer une économie, sa médiocrité avérée à créer de l’emploi.

C’est pas important.

Pourtant, au-delà du mythe qu’on arrose chaque matin venu, il y a les faits, la réalité, la vraie vie. L’austérité, c’est une tare, un cancer, une brute qui a la délicatesse d’un bulldozer.

Dans le livre « 11 brefs essais contre l’austérité », Ianik Marcil et ses acolytes font la démonstration simple, claire, lucide des méfaits de l’austérité.

L’austérité, c’est comme prendre une scie mécanique pour se défaire d’un pissenlit qui traine sur la pelouse. C’est un brin trop intense. Et une fois la scie démarrée, on se rend compte qu’on a accroché, au passage, les branches du pommiers, les fleurs du rosiers, la carrosserie de la bagnole, le tuyau de l’arrosoir et la jambe de papi.

C’est trop.

Une image, c’est amusant à lire. Dans la vraie vie, les dommages collatéraux de l’austérité ne font pas sourire du tout: elle s’attaque aux plus fragiles, à ceux dont la voix porte peu dans l’enceinte politique, ceux qui font constamment les frais de ces séances de serrage de ceinture.

Oui, car, dans « ceux qui font constamment les frais », il y a l’idée que ce sont toujours les mêmes que le gouvernement austère choisit pour cible. Comme un saccage planifié, en effet.

Et c’est ce qu’avance Marcil et ses pas joyeux lurons: l’État n’entend pas à rire.

Oh, on nous présente tout ça comme un passage obligé, comme un désagréable choix forcé, une incontournable loi de l’économie en panne: quand ça va mal, c’est les dépenses qu’il faut sabrer à coups de hache. Et les coups, c’est dans les programmes sociaux, les régions, les femmes, les Premières Nations, l’éducation, la santé, la culture, alouette qu’on les donne.

Toujours.

Ainsi, à force du bûcher l’État dans ce qu’il peut offrir aux plus vulnérables, il finit par tomber, et c’est eux qu’il laisse tomber.

Une fois gossé en bouts de 12 pouces, l’État se revend mieux au privé qui peut, par la suite, prendre en charge ce pour quoi il n’a aucune compétence particulière, dans l’espoir de faire mieux que l’État qui ne faisait pas mal.

Chaque fois, pour nous faire avaler la recette, le schéma est le même: « on invoque la nécessité de compressions budgétaires pour des raisons de gestion saine des finances publiques, on détruit des institutions ou on réduit des services publics, ce qui ouvre la porte au secteur privé pour prendre la relève d’un État de plus en plus ratatiné, ce qui justifiera ultimement de nouvelles coupes et un transfert au privé puisque les institutions publiques auront de moins en moins les moyens d’atteindre leurs objectifs. Voilà la dynamique simple d’une privatisation tranquille des services publics. »

La recette comporte chaque fois les trois mêmes ingrédients : l’état « catastrophique » des finances publiques, « l’urgence » d’y remédier et la « nécessité » d’y arriver en ciblant les dépenses de l’État.

La recette devrait s’appeler « austérité » mais faut pas dire son nom. Ça se vend mal. Même Ricardo n’y arriverait pas. C’est comme Voldemort. C’est repoussant.

Alors on parle de rigueur. Et, de fait, qui peut s’opposer aux pommes dans la tarte, à l’eau dans une piscine ou vert de la pelouse? Personne. Qui peut s’opposer à la rigueur? Personne.

Sauf que, quand on s’y arrête, on comprend que l’austérité est tout sauf un simple geste budgétaire. C’est un choix politique, une idéologie qui s’installe. À un point tel qu’il réussit le prodige de rendre les débats futiles. Pas de discussion, pas de démocratie. On l’impose, point.

On s’attaque aux dépenses pour miner l’État (santé, éducation, culture, régions, etc.), au lieu de cibler les revenus. Parce que, hausser les revenus, ça signifie aller les chercher là où ils se trouvent.

Et ils se trouvent dans les poches des copains. Et ça, y faut pas faire, comme dit le restaurateur Mannekenpix, dans les Douze travaux d’Astérix.

Ouais, car les copains, il faut leur faire attention. C’est précieux.

Sur le ventre, ils se tapaient fort, les copains d’abord…

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