L’avenir du capitalisme

Quel est l’avenir du capitalisme? Grave question. Et profonde, en plus.

Sérieuse question, car en ces temps où le capitalisme semble aller de soi, ayant survécu aux régimes les plus divers, il peut paraitre curieux, voire suspect, d’oser même aborder le sujet. Le capitalisme est là, il domine tout, il domine partout, il règne sur la terre, il tient les banques, les monnaies, les pays, les régimes, les dirigeants, rien ne lui porte ombrage.

C’est là que l’intellectuel devient un emmerdeur. Il se la pose, cette question. Quel est l’avenir du capitalisme, si puissant soit-il aujourd’hui?

Cette question se pose parce que le capitalisme, à sa face même, ne produit pas que du beau et du bon. Il provoque, au contraire, bien des misères et entraine dans son sillage des milliards d’humains contraints de subir son hégémonie.

Le capitalisme crée des villas, des voitures de luxe, des restaurants, des bijoux, des riches, des puissants, mais il provoque également des guerres, de la pollution, de la destruction, de la pauvreté, de la souffrance, de l’exclusion, de l’inégalité.

Qu’est-ce que le capitalisme, au fait? Pas si facile à définir, car le concept est plus large que le simple volet économique de la question. Il y a les considérations politiques, sociologiques et historiques du concept.

Au point de départ, il y a une idée, fondamentale, de la propriété et celle du commerce. Puis, l’épargne et l’accumulation de surplus. Accumuler sans cesse, toute sa vie, pour être riche, de plus en plus riche. Alors, on y ajoute la machine, qui permet d’être prodigieusement plus productif encore. Ensuite, le temps, ce temps qui ne compte plus vraiment puisqu’on peut travailler et produire en toute saison, à tout moment, en toutes circonstances.

Le travail est au coeur du capitalisme. La relation, violente, de domination du capital: celui qui possède le capital domine, naturellement, et achète, à ses conditions bien souvent, la force de travail de celui qui n’a pas ce capital.

Il y a une sorte d’esclavage derrière cette idée de travail sans fin, sans fin parce que l’objectif est d’accumuler toujours plus. La soumission est complète et le but, lui, reste essentiellement frustration, déception, dépression.

En effet, comme il est frustrant de ne pas atteindre son but!

Fort heureusement, avec le capitalisme, il y a le crédit, la finance, qui permettent de repousser l’horizon encore plus loin. Le soleil ne se couche jamais, la mer ne connait pas de fond, le crédit est un élastique dont la membrane ne cède jamais. Et même lorsqu’il flanche, le crédit est remis sur pied par l’État, l’argent des travailleurs… c’est magnifique comme ses limites apparentes n’en sont pas.

Pour user de ce crédit, la société marchande, la seule qui vaille, occupe volontiers le terrain. Il faut acheter des bébelles, des trucs, des choses, consommer, se procurer, acquérir, ajouter, empiler. Le capitalisme, constate l’économiste français Bernard Maris, est une société infantile, immature, à qui il faut sans cesse refiler un jouet.

Le consommateur en veut plus et ça n’arrêtera jamais. Et pour y arriver, l’humain déploie d’énormes efforts pour gagner du temps. On « préfère perdre sa vie à la gagner, perdre du temps à gagner du temps », dira Maris.

C’est là toute l’absurdité et la stupidité du capitalisme. Déshumaniser l’individu pour en faire un coureur dont le parcours n’aboutit jamais. Lui retirer son âme, sa poésie, l’oisiveté, la contemplation de la beauté, la jouissance du bonheur, pour consacrer sa vie à accumuler.

Mais ce sont les dettes qu’on accumule. Ces dettes sont le boulet qui fait des banques les détenteurs de nos âmes, qui mettent en tutelle notre économie, notre société.

Alors, pourquoi courir sans cesse? Serait-ce dans l’espoir de la vie éternelle? Pour poursuivre la croissance indéfinie, perpétuelle? Il sera le plus riche du cimetière, en bout de piste. Car, au royaume de la démesure et de la cupidité extraordinaire, c’est la mort qui nous guette, quoi qu’on fasse.

Oui, nous vivons plus vieux que nos ancêtres et sommes plus riches. Mais la question qui tue: sommes-nous plus heureux pour autant?

Car, la cupidité, la course sans fin au profit se fait au point de ne même pas prendre le temps de jouir de la vie, de profiter de ce qu’il y a d’accumulé. Le capitaliste n’est pas un jouisseur, c’est un esclave, en somme.

Et les dettes accumulées deviennent un poids sur la conscience, source grave de culpabilité. Il FAUT solder ses dettes, non?

Alors apparaissent le malheur, la dépression.

On a gagné du temps, croit-on? Nos voitures vont plus vite, certes, mais s’engouffrent finalement plus rapidement qu’autrefois dans des bouchons de circulation, plus gros que jamais, pour y végéter pendant des heures. Le temps perdu ici fait en sorte qu’au bout du compte, on ne va pas plus vite qu’avant. On prend juste moins le temps de vivre.

Comment s’en sortir?

Par un modèle économique coopératif, en respect avec l’environnement afin d’assurer notre survie et mettre un terme au ravage des ressources naturelles et animales?

Peut-être.

Certains voient l’avenir en rose. Il n’y aurait, un jour, plus de travail subi. Ce serait le règne de la fraternité, la fin de la violence, le plaisir au travail, même le plaisir de l’inutile.

D’autres estiment que le capitalisme porte en lui ce qui lui permettra d’offrir à l’humanité croissance continue et disparition des contraintes (comme l’épuisement des ressources naturelles) en raison des progrès techniques. Il sera même le triomphe de la démocratie!

D’autres croient au contraire que le capitalisme rime de moins en moins avec démocratie. À preuve, la Chine, dont le modèle est pourtant constitué d’innombrables contraintes et d’obstacles aux droits de l’homme, modèle au parti unique, est en voie de triompher et de devenir la première puissance économique mondiale, ne serait-ce qu’en raison de son immense marché intérieur.

Les pessimistes imaginent donc la terre, à bout de ressources, à bout de force, remplie de bidonvilles victimes des épidémies avec, peut-être, au loin, une île où se seront réfugiés les privilégiés qui continuent d’abuser des rares ressources.

Cette vision apocalyptique reste crédible dans la mesure où la simple question de la démographie permet d’envisager le pire des scénarios. Nous serons, un jour, trop nombreux sur ce petit globe.

Alors, le capitalisme, comme le croit Freud, porte-t-il en lui cette pulsion de mort qui fait en sorte qu’il est d’ores et déjà condamné?

Possible.

Voilà de bien nombreuses raisons d’envisager la sortie du capitalisme, dès maintenant…

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Voir la conférence de Bernard Maris (vidéo).

 


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