Une escroquerie légalisée

Un paradis. Une île. Un endroit de rêve pour y planquer son or.

Les pirates y avaient songé, il y a quelques siècles déjà.

Aujourd’hui, les pirates ont troqué la jambe de bois, le cache-œil, l’accoutrement loqueteux et l’inexplicable perroquet pour un complet taillé sur mesure, les souliers vernis et la Rolex hors de prix. Mais les apparences sont trompeuses : ce sont toujours des voleurs. Seulement, ils ne sont plus les malotrus indésirables de jadis. Aujourd’hui, ils sont respectables et détiennent le pouvoir.

Ils ont bien adopté, aussi, l’île paradisiaque, mais par pour le charme de ses paysages tant que pour l’avantage de sa fiscalité.

Dans « Une escroquerie légalisée, précis sur les paradis fiscaux », l’auteur Alain Deneault décortique le phénomène, il le déterre, l’explique, le défait de son aura paradisiaque.

N’allez surtout pas croire que ces montants astronomiques que l’on transige à l’abri des regards indiscrets ne vous concernent pas. Ce n’est ni vaporeux ni intangible. Deneault insiste: le service de bus inadéquat, le temps d’attente pour une chirurgie, le viaduc qui s’effondre, l’abolition des programmes d’aide aux élèves en difficulté… tout cela, c’est à cause des paradis fiscaux.

On nous répète sans cesse, comme un perroquet de pirate, que le Trésor public souffre d’un manque à gagner chronique. Or, si les grandes entreprises ne se servaient pas des paradis fiscaux, nous ne serions même pas en train de discuter de cela (et je ne serais pas en train d’écrire ceci).

La richesse ne ruisselle pas, la main invisible l’est effectivement, les mieux nantis ont le champ libre et c’est l’État qui assure leur confort : il paye pour les infrastructures et des programmes sociaux adéquats. Il renfloue même les flibustiers lorsqu’ils ont tout perdu au jeu de la spéculation!

Pourtant, on les connaît, ces lieux appelés « législations de complaisance »: les Caïmans, les Bermudes, la Barbade, la Suisse… Et, en même temps, on en sait que trop peu. Évidemment, à partir du moment où tout le manège est supposé demeurer secret, par définition, il se peut qu’il soit assez pénible d’en savoir plus.

On se paye les meilleurs fiscalistes, les meilleurs avocats, les meilleurs prestidigitateurs financiers pour continuer d’accumuler les richesses hors des sentiers battus. Et ça fonctionne plutôt bien: « c’est l’équivalent des économies cumulées des États-Unis et du Japon qui se trouvent administrées hors de toute contrainte légale dans ces États ultra-permissifs que sont les paradis fiscaux ».

Les chiffres sont incroyables, fous, pharaoniques: 20 000 milliards, voire 30 000 milliards qui transitent hors du circuit normal des États de droit, celui qui ferait que l’entreprise paierait ses taxes, ses impôts, comme tout le monde. Et le truc le plus dément : les entreprises pécheresses ne cherchent pas à savoir si ce qu’elles font est répréhensible, mais s’il existe plutôt un endroit dans le monde qui leur permettrait de le faire, en toute légalité.

La Suisse gère votre fortune, le Panama immatricule votre navire, le Luxembourg vous aide dans la gestion de votre société multinationale,  en Irlande c’est la propriété intellectuelle, en Côte d’Ivoire c’est pour votre compagnie pharmaceutique, à Singapour c’est pour vous permettre de faire des paris sportifs… il y en a pour tous les (dé)goûts. Le Canada, grâce aux bons soins, notamment, de Paul Martin, est fan de la Barbade où ses entreprises ont « investi » 72 milliards.

Les législations de complaisance ne se contentent pas de ses quelques services de base, elles se spécialisent aussi dans les opérations criminelles : blanchiment de fonds issus du narcotrafic, malversations en tout genre ou actes de corruption politique, trafic d’armes, prostitution internationale, contrefaçon de médicaments, immigration clandestine ou trafic de matières dangereuses, il n’y a de limites que votre morale.

Et quand vient le temps de « lutter » contre les paradis fiscaux, l’État prend de bien douteuses avenues et se montre, essentiellement, mou, impuissant.

Au Québec, les entreprises profitent d’un climat favorable au chapitre des impôts et taxes ainsi que de généreuses déductions fiscales, subventions de toutes sortes, programmes d’investissement ou aménagements accordés pour le paiement des impôts…

Très docile Québec qui fait de ses terres une sorte de paradis fiscal pour les entreprises.

Quoi qu’on en dise, il y a quelque chose à faire. Seulement faut-il en avoir la volonté. Les lois peuvent être changées sans délais ni difficultés. Le Québec est maître d’une partie du champ d’action, le fédéral doit aussi faire son devoir.

Pour ceux qui n’ont pas l’intention d’agir, un conseil : laissez votre morale, votre éthique et votre sens humain au vestiaire. Ils ne vous seront d’aucune utilité pour vous sentir à l’aise dans l’univers des paradis fiscaux et de l’évitement fiscal.

Enterrez tout ça dans le sable, bien creux.

Ça vaudra mieux…

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